CSG retraite 2026 : taux, seuils et ce que votre pension paie vraiment
Taux de CSG, seuils de revenu fiscal, cotisation maladie sur la complémentaire, abattement de 10% : le guide complet des prélèvements sur votre pension en 2026, et pourquoi votre retraite nette peut baisser sans prévenir.
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Il y a une conversation que j'ai régulièrement avec des clients fraîchement retraités, et elle commence presque toujours pareil : « J'ai reçu ma notification, le montant brut correspond à peu près à vos projections. Mais ce qui arrive sur mon compte, c'est nettement moins. Il y a une erreur ? »
Il n'y a pas d'erreur. Il y a la CSG, la CRDS, la CASA, une cotisation maladie de 1% sur la complémentaire, et l'impôt sur le revenu prélevé à la source. Entre le brut affiché sur la notification et le net qui tombe sur le compte, l'écart peut dépasser 10% — et il peut changer d'une année sur l'autre sans que votre pension brute ne bouge d'un centime.
Ce sujet est étrangement absent des discussions de préparation à la retraite. On passe des heures à optimiser le brut — trimestres, points, surcote — et on découvre le net au premier virement. Je vais donc faire ici ce que je fais avec mes clients en fin d'audit : passer en revue chaque prélèvement, les seuils 2026, et surtout les situations où le net peut baisser brutalement — parce que pour un dirigeant, c'est presque toujours évitable avec un peu d'anticipation.
Les quatre prélèvements sociaux sur votre pension
Commençons par poser le décor. Une pension de retraite peut supporter jusqu'à quatre prélèvements sociaux distincts :
- La CSG (contribution sociale généralisée) : le gros morceau, entre 0 et 8,3% selon vos revenus.
- La CRDS (contribution au remboursement de la dette sociale) : 0,5%, dès que vous n'êtes pas exonéré de CSG.
- La CASA (contribution additionnelle de solidarité pour l'autonomie) : 0,3%, uniquement aux taux médian et normal de CSG.
- La cotisation d'assurance maladie de 1% : uniquement sur les pensions complémentaires (AGIRC-ARRCO en tête), et uniquement aux taux médian et normal.
Ce dernier point échappe à presque tout le monde : votre pension de base et votre complémentaire ne subissent pas le même prélèvement total. Au taux normal, la base est prélevée à 9,1% (8,3 + 0,5 + 0,3) et la complémentaire à 10,1%.
Votre taux de CSG dépend de vos revenus… d'il y a deux ans
C'est le mécanisme central, et c'est lui qui produit les mauvaises surprises. Votre taux de CSG de l'année N est déterminé par le revenu fiscal de référence (RFR) de l'année N-2. Pour vos pensions versées en 2026, les caisses regardent votre avis d'imposition 2025, qui porte sur vos revenus 2024.
Voici les seuils applicables en 2026 (revalorisés de 1,8% par rapport à 2025) :
| RFR 2024 | 1 part (personne seule) | 2 parts (couple) | Taux de CSG |
|---|---|---|---|
| Exonération | jusqu'à 13 048 € | jusqu'à 20 016 € | 0% |
| Taux réduit | 13 049 € à 17 057 € | 20 017 € à 26 167 € | 3,8% |
| Taux médian | 17 058 € à 26 472 € | 26 168 € à 40 604 € | 6,6% |
| Taux normal | au-delà de 26 472 € | au-delà de 40 604 € | 8,3% |
Chaque demi-part supplémentaire majore les seuils : +3 484 € pour le seuil d'exonération, +4 555 € pour le seuil du taux réduit, +7 066 € pour le seuil du taux médian.
En additionnant tout, voici ce que votre pension paie réellement selon votre situation :
| Situation | Pension de base | Pension complémentaire |
|---|---|---|
| Exonéré | 0% | 0% |
| Taux réduit | 4,3% | 4,3% |
| Taux médian | 7,4% | 8,4% |
| Taux normal | 9,1% | 10,1% |
Soyons clairs : la clientèle que j'accompagne — dirigeants, professions libérales, cadres supérieurs — est presque toujours au taux normal. Là où ça devient intéressant, ce n'est pas d'espérer un taux réduit, c'est de comprendre les effets de bord du RFR. J'y viens.
Le piège du décalage de deux ans : l'histoire classique du dirigeant
Je pense à un ancien président de SASU que j'ai accompagné pour sa liquidation. Pension confortable, taux normal, rien d'anormal. Dix-huit mois après son départ, il m'appelle : sa pension nette a baissé alors qu'il n'a touché à rien, et sa femme, elle, voit sa propre pension amputée du même coup.
L'explication tenait en une ligne de son avis d'imposition : l'année de son départ, il s'était versé un dividende exceptionnel en liquidant les réserves de sa société. Ce dividende avait gonflé le RFR du foyer. Deux ans plus tard, mécaniquement, le couple restait au taux normal alors que leurs revenus courants auraient pu les en sortir — et surtout, le RFR élevé se répercutait sur d'autres seuils (taxe foncière, aides diverses).
La leçon vaut dans les deux sens. Vos revenus exceptionnels d'aujourd'hui — dividendes, plus-value de cession, rachat d'assurance-vie important, déblocage de PER en capital — fixent votre CSG dans deux ans. Quand on prépare une cession d'entreprise ou une liquidation de retraite, le calendrier de ces opérations mérite d'être posé sur la table. Ce n'est pas toujours optimisable, mais c'est toujours anticipable.
À noter, un garde-fou existe : le passage du taux réduit vers un taux supérieur ne s'applique que si le seuil est dépassé deux années consécutives. Une année exceptionnelle isolée ne fait pas basculer un retraité modeste de 3,8% à 6,6%. En revanche, ce lissage ne joue pas entre 6,6% et 8,3% — la tranche où se situent la plupart de mes clients.
Pourquoi votre complémentaire change en mars et pas en janvier
Détail pratique qui génère chaque année son lot d'appels inquiets. L'Assurance retraite applique votre nouveau taux de CSG dès le versement de janvier. L'AGIRC-ARRCO, elle, l'applique généralement en mars, avec un rattrapage rétroactif sur janvier et février.
Concrètement, si votre taux monte, votre pension complémentaire de mars subit une triple retenue : le nouveau taux du mois, plus la régularisation des deux mois précédents. Le virement de mars peut être sensiblement plus faible, puis se stabilise en avril. Rien d'anormal, mais mieux vaut le savoir avant de le découvrir sur son relevé bancaire.
L'impôt sur le revenu : l'abattement de 10% a survécu
Côté impôt, les pensions sont imposées comme les salaires, après un abattement de 10% — minimum 454 € par personne, plafonné à 4 439 € par foyer. Ce plafond est le point qui pique pour les pensions élevées : un couple de dirigeants retraités avec 90 000 € de pensions annuelles n'abat pas 9 000 €, mais 4 439 €.
L'actualité mérite d'être mentionnée : le projet de loi de finances 2026 prévoyait de remplacer cet abattement par un forfait de 2 000 € par retraité. La mesure a été rejetée par l'Assemblée nationale en novembre 2025. L'abattement de 10% s'applique donc toujours pour la déclaration 2026 — mais le sujet reviendra probablement, et pour les pensions supérieures à 20 000 € par personne, le forfait aurait été perdant. À suivre dans les prochains budgets.
Deux subtilités fiscales que je vérifie systématiquement dans les dossiers :
La CSG n'est que partiellement déductible. Au taux normal, sur les 8,3% prélevés, seuls 5,9 points sont déduits de votre revenu imposable (4,2 points au taux médian, totalité au taux réduit). La CRDS, la CASA et la fraction restante de CSG sont payées… sur de l'argent lui-même imposé.
La majoration de 10% pour trois enfants est imposable. Depuis 2014. Beaucoup de parents de familles nombreuses l'oublient dans leurs projections de net. Si vous êtes concerné, le détail est dans notre guide des majorations pour enfants.
Le cas du cumul emploi-retraite : deux fiscalités en parallèle
Pour les dirigeants qui poursuivent une activité après la liquidation — ils sont nombreux parmi mes clients —, la mécanique se dédouble. Les revenus d'activité restent soumis à la CSG « activité » à 9,2%, tandis que les pensions supportent la CSG « remplacement » décrite plus haut. Et les revenus d'activité alimentent le RFR, donc maintiennent quasi systématiquement les pensions au taux normal.
C'est un paramètre de plus dans l'arbitrage global du cumul — qui se joue surtout, en ce moment, sur la réforme du cumul emploi-retraite applicable en 2027. Le net fiscal fait partie de l'équation complète.
Ce que je vérifie dans les dossiers
Trois contrôles simples, à la portée de tout le monde :
1. Le taux appliqué par vos caisses correspond-il à votre RFR ? Prenez votre avis d'imposition d'il y a deux ans, comparez au tableau ci-dessus, puis vérifiez le taux effectivement prélevé sur vos relevés de pension. Les erreurs sont rares mais existent, notamment après un changement de situation familiale (veuvage, divorce) qui modifie le nombre de parts.
2. Les deux caisses appliquent-elles le même taux ? Base et complémentaire doivent être alignées. Un décalage qui persiste au-delà de la régularisation de mars mérite une réclamation.
3. Votre prochain RFR contient-il un revenu exceptionnel ? Si oui, projetez l'effet sur votre CSG dans deux ans. Pour un couple au taux médian, un franchissement vers le taux normal représente environ 1,7 point de prélèvement en plus sur la totalité des pensions — sur 50 000 € de pensions annuelles, c'est 850 € par an.
En résumé
Votre pension nette n'est pas une donnée figée : elle dépend chaque année de vos revenus d'il y a deux ans. Les prélèvements sociaux vont de 0 à 9,1% sur la base et jusqu'à 10,1% sur la complémentaire, l'impôt s'ajoute avec un abattement de 10% plafonné, et les revenus exceptionnels de fin de carrière — dividendes, cessions, déblocages — se répercutent sur la CSG avec un décalage de deux ans que presque personne n'anticipe.
Quand je construis une projection de retraite pour un client, je raisonne toujours en net après prélèvements sociaux, pas en brut. C'est le seul chiffre qui compte pour vivre. Si votre propre projection s'arrête au brut, il vous manque l'essentiel — c'est typiquement l'un des angles qu'un audit retraite complet remet à plat.
FAQ
Quels sont les taux de CSG sur les retraites en 2026 ? Quatre situations existent en 2026 : exonération totale, taux réduit de 3,8%, taux médian de 6,6% et taux normal de 8,3%. Votre taux dépend du revenu fiscal de référence de votre foyer d'il y a deux ans et de votre nombre de parts fiscales. Pour une personne seule, l'exonération s'applique jusqu'à 13 048 € de RFR, le taux réduit jusqu'à 17 057 €, le taux médian jusqu'à 26 472 €, et le taux normal au-delà.
Pourquoi ma pension nette a-t-elle baissé en janvier ? Dans la grande majorité des cas, c'est un changement de taux de CSG. Chaque année en janvier, les caisses recalculent votre taux à partir de votre revenu fiscal de référence d'il y a deux ans. Si vos revenus 2024 ont augmenté (dividendes, cumul emploi-retraite, plus-value), votre taux 2026 peut passer de 6,6% à 8,3%, et votre pension nette baisse alors que votre pension brute n'a pas bougé.
La CSG sur la retraite est-elle déductible des impôts ? Partiellement. Au taux réduit de 3,8%, la CSG est entièrement déductible du revenu imposable. Au taux médian de 6,6%, la part déductible est de 4,2%. Au taux normal de 8,3%, elle est de 5,9%. Le reste (CRDS et fraction non déductible de CSG) reste imposé.
Qu'est-ce que la cotisation de 1% sur la retraite complémentaire ? C'est une cotisation d'assurance maladie qui s'applique uniquement aux pensions complémentaires (AGIRC-ARRCO notamment), pas à la pension de base. En sont exonérés les retraités qui bénéficient de l'exonération de CSG ou du taux réduit de 3,8%. Pour les autres, le prélèvement total sur la complémentaire atteint 8,4% au taux médian et 10,1% au taux normal.
Le passage à un taux de CSG supérieur est-il immédiat ? Non, il existe un mécanisme de lissage : le passage du taux réduit vers le taux médian ou normal ne s'applique que si votre revenu fiscal dépasse le seuil deux années consécutives. Une année exceptionnelle isolée ne suffit donc pas à faire basculer votre taux. Attention : ce lissage ne protège pas du passage de 6,6% à 8,3%.
L'abattement de 10% sur les pensions existe-t-il toujours en 2026 ? Oui. Le projet de loi de finances 2026 prévoyait de le remplacer par un forfait de 2 000 € par retraité, mais l'Assemblée nationale a rejeté cette mesure en novembre 2025. L'abattement de 10% reste donc en vigueur pour la déclaration 2026, avec un minimum de 454 € par personne et un plafond de 4 439 € par foyer.
Vous avez un doute sur votre propre dossier ?
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