Retraite carrière longue en 2026 : conditions, âges de départ et démarches
Vous avez commencé à travailler avant 20 ans ? Le dispositif carrière longue permet un départ anticipé dès 58 ans. Conditions détaillées, trimestres requis et démarches en 2026.
Le dispositif carrière longue : de quoi parle-t-on ?
Le départ anticipé pour carrière longue permet aux assurés ayant commencé à travailler jeune de partir à la retraite avant l'âge légal, sans décote. C'est l'un des rares dispositifs qui autorise un départ dès 58 ans, contre 64 ans pour l'âge légal des générations nées à compter de 1969.
Depuis la réforme de 2023, le dispositif a été élargi avec l'ajout d'un nouveau palier à 63 ans pour les personnes ayant commencé avant 21 ans. La montée en charge de la réforme étant suspendue à compter du 1er septembre 2026, les règles actuelles restent en vigueur.
Les 3 conditions cumulatives
Pour bénéficier du départ anticipé carrière longue, vous devez remplir simultanément trois conditions :
1. Avoir commencé à travailler avant un certain âge
Le dispositif s'adresse aux personnes qui ont débuté leur carrière tôt. Quatre seuils d'âge ouvrent des droits différents :
| Début de carrière | Âge de départ possible |
|---|---|
| Avant 16 ans | Dès 58 ans |
| Avant 18 ans | Dès 60 ans |
| Avant 20 ans | Dès 62 ans |
| Avant 21 ans | Dès 63 ans |
Le "début de carrière" est attesté par la validation de trimestres en début d'activité (voir condition 3).
2. Justifier d'un nombre suffisant de trimestres cotisés
Vous devez avoir cotisé pendant une durée au moins égale à la durée de référence de votre génération. Pour les personnes nées à compter de 1970, il faut 172 trimestres cotisés (43 ans de cotisation).
Pour les générations intermédiaires, la durée varie :
| Génération | Trimestres cotisés requis |
|---|---|
| 01/09/1961 au 31/12/1961 | 169 |
| 1962 | 169 |
| 01/01/1963 au 31/03/1965 | 170 |
| 01/04/1965 au 31/12/1965 | 171 |
| À compter de 1966 | 172 |
Attention : il s'agit de trimestres cotisés, pas de trimestres validés. La distinction est fondamentale.
3. Justifier de trimestres en début de carrière
Vous devez avoir validé un nombre minimum de trimestres avant la fin de l'année civile de votre 16e, 18e, 20e ou 21e anniversaire (selon le palier visé) :
- 5 trimestres si vous êtes né entre janvier et septembre
- 4 trimestres si vous êtes né entre octobre et décembre
Cette condition est la plus restrictive en pratique. Un trimestre validé avant 16 ans suppose d'avoir travaillé et cotisé dès 14 ou 15 ans, ce qui correspond aux anciens contrats d'apprentissage ou aux débuts d'activité en exploitation agricole.
Trimestres cotisés : ce qui compte et ce qui ne compte pas
La notion de "trimestres cotisés" est plus restrictive que celle de "trimestres validés". Voici ce qui est retenu :
Périodes comptabilisées comme cotisées
| Période | Limite |
|---|---|
| Cotisations effectives à un régime français | Aucune |
| Assurance volontaire vieillesse | Aucune |
| Congé formation | Aucune |
| Périodes à l'étranger (accord international) | Aucune |
| Service national | 4 trimestres maximum |
| Chômage indemnisé | 4 trimestres maximum |
| Maladie, accident du travail | 4 trimestres maximum |
| Invalidité | 2 trimestres maximum |
| Maternité | Aucune |
| AVPF (parents au foyer) | 4 trimestres maximum |
Périodes exclues
- Trimestres rachetés à compter de 2008 (les rachats antérieurs comptent)
- Majorations de durée d'assurance pour enfants (les 8 trimestres par enfant ne comptent pas)
- Trimestres assimilés au-delà des limites indiquées ci-dessus
Cette distinction a des conséquences pratiques majeures. Un assuré qui totalise 172 trimestres validés (y compris des majorations enfants ou du chômage non indemnisé) peut très bien ne pas avoir 172 trimestres cotisés.
Les 4 paliers de départ anticipé
Départ à 58 ans (début avant 16 ans)
C'est le départ le plus précoce possible. Il concerne les personnes ayant commencé à travailler dès l'adolescence : apprentis, jeunes travailleurs agricoles, ouvriers. La condition est d'avoir validé 4 ou 5 trimestres avant la fin de l'année de vos 16 ans, et de totaliser la durée cotisée requise pour votre génération.
Profil type : ancien apprenti entré en activité à 14-15 ans, avec une carrière continue.
Départ à 60 ans (début avant 18 ans)
C'est le palier le plus fréquent. Il concerne les personnes entrées sur le marché du travail entre 16 et 17 ans. Vous devez avoir validé 4 ou 5 trimestres avant la fin de l'année de vos 18 ans.
Profil type : salarié entré en activité après un CAP ou un BEP, technicien, employé de commerce.
Départ à 62 ans (début avant 20 ans)
Ce palier correspond aux personnes ayant commencé entre 18 et 19 ans. Condition : 4 ou 5 trimestres validés avant la fin de l'année de vos 20 ans.
Profil type : salarié ayant commencé à travailler après le baccalauréat, sans études supérieures.
Départ à 63 ans (début avant 21 ans)
Créé par la réforme de 2023, ce nouveau palier permet un départ un an avant l'âge légal (64 ans pour les générations 1969+). Condition : 4 ou 5 trimestres validés avant la fin de l'année de vos 21 ans.
Profil type : salarié ayant fait 2-3 ans d'études supérieures avant de commencer à travailler, avec un premier emploi à 20 ans.
L'impact sur la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO
Le départ anticipé carrière longue donne droit à la retraite de base au taux plein, mais la complémentaire AGIRC-ARRCO applique un coefficient de solidarité.
Le coefficient de solidarité
Si vous liquidez votre retraite complémentaire dès l'ouverture de votre droit carrière longue, un coefficient de minoration temporaire de 10 % est appliqué pendant 3 ans (ou jusqu'à 67 ans si atteint avant).
Comment l'éviter ?
- Décaler votre départ d'un an après l'âge du taux plein du dispositif : le coefficient de solidarité est supprimé
- Décaler de deux ans : vous bénéficiez d'une majoration temporaire de 10 % pendant 1 an
Ce mécanisme incite à travailler un peu plus longtemps. Le calcul mérite d'être fait précisément : pour une complémentaire de 800 €/mois, la minoration de 10 % représente 80 €/mois pendant 3 ans, soit 2 880 €. Travailler un an de plus pour éviter cette pénalité peut être rentable — ou non, selon votre situation globale.
Cas particulier : l'exception transitoire
Les assurés nés entre le 01/09/1961 et le 31/12/1963 qui remplissaient les conditions du dispositif carrière longue avant le 1er septembre 2023 (date d'entrée en vigueur de la réforme) conservent le droit de partir avec seulement 168 trimestres cotisés, au lieu de 169 ou 170 selon leur génération.
Cette clause de sauvegarde protège les personnes qui avaient planifié leur départ sur la base des anciennes règles.
Les démarches concrètes
1. Vérifiez votre éligibilité
Commencez par télécharger votre relevé de carrière sur info-retraite.fr. Comptez vos trimestres cotisés (en excluant les majorations enfants et les trimestres rachetés après 2008) et vérifiez que vous avez bien des trimestres validés avant l'âge requis.
2. Demandez une attestation de départ anticipé
Adressez une demande d'attestation de départ anticipé à votre caisse de retraite de base (CNAV, MSA, SSI selon votre régime). La caisse vérifie vos trimestres et vous délivre (ou non) une attestation.
Délai recommandé : faites cette demande au moins 18 mois avant votre date de départ souhaitée. Les vérifications prennent du temps, et d'éventuelles rectifications de carrière peuvent être nécessaires.
3. Déposez votre demande de retraite
Une fois l'attestation obtenue, déposez votre demande de retraite dans les délais habituels (6 mois avant la date d'effet souhaitée). La demande concerne à la fois la retraite de base et la retraite complémentaire.
4. Vérifiez l'impact global
Avant de vous lancer, assurez-vous de connaître le montant exact de votre pension, base + complémentaire, en tenant compte du coefficient de solidarité AGIRC-ARRCO. Un bilan retraite complet permet de modéliser l'impact financier précis du départ anticipé par rapport à un départ à l'âge légal.
Cas concrets
Nathalie, née en 1966, premier emploi à 17 ans
- Âge légal pour sa génération : 63 ans et 3 mois
- Éligible carrière longue (début avant 18 ans) : départ possible à 60 ans
- Trimestres cotisés requis : 172
- À 60 ans, elle totalise 173 trimestres cotisés → éligible
- Gain : 3 ans et 3 mois de retraite anticipée
- Vigilance : vérifier l'impact du coefficient de solidarité AGIRC-ARRCO sur sa complémentaire
Marc, né en 1970, premier emploi à 19 ans
- Âge légal : 64 ans
- Éligible carrière longue (début avant 20 ans) : départ possible à 62 ans
- Trimestres cotisés requis : 172
- À 62 ans, il totalise 168 trimestres cotisés → pas encore éligible (il lui manque 4 trimestres)
- Options : attendre 63 ans (il aura 172 trimestres) ou évaluer l'opportunité de travailler un an de plus. Attention : 63 ans = palier "début avant 21 ans", pas "avant 20 ans". Il devra vérifier qu'il a bien des trimestres validés avant fin de l'année de ses 20 ans.
Éric, dirigeant multi-régimes, né en 1968
- Salarié de 18 à 35 ans (68 trimestres RG), puis gérant majoritaire SARL (72 trimestres SSI), puis profession libérale (20 trimestres CNAVPL)
- Total trimestres cotisés : 160 — il lui manque 12 trimestres par rapport aux 172 requis
- Le dispositif carrière longue n'est pas accessible à court terme
- Solution : bilan d'optimisation pour évaluer l'intérêt d'un rachat de trimestres (les trimestres rachetés après 2008 ne comptent pas pour la carrière longue, mais ils comptent pour le taux plein à l'âge légal)
Erreurs fréquentes à éviter
-
Confondre trimestres validés et cotisés : les majorations enfants, les trimestres de chômage non indemnisé et les rachats post-2008 ne comptent pas pour la carrière longue.
-
Oublier les limites : service national, chômage indemnisé et maladie sont plafonnés à 4 trimestres chacun dans le décompte des trimestres cotisés.
-
Négliger l'impact AGIRC-ARRCO : le coefficient de solidarité peut réduire significativement votre complémentaire pendant 3 ans.
-
Ne pas demander l'attestation assez tôt : les vérifications prennent du temps, surtout si des corrections de carrière sont nécessaires.
-
Ignorer les trimestres à l'étranger : les périodes cotisées dans un pays avec lequel la France a un accord bilatéral ou dans l'UE peuvent compter.
Passez à l'action
Le dispositif carrière longue est complexe et les enjeux financiers sont importants. Un bilan retraite permet de vérifier précisément votre éligibilité, de compter vos trimestres cotisés, et de comparer le départ anticipé avec un départ à l'âge légal.
Prendre rendez-vous pour un premier échange gratuit. Nous vérifions ensemble si vous êtes éligible et calculons l'impact financier exact.
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