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Retraite progressive salarié 2026 : employeur, congés payés, chômage

Dès 60 ans, à temps partiel de 40 à 80 % : ce que l'employeur peut refuser, vos congés payés et votre CET, l'Agirc-Arrco à demander à part, le chômage, et après 67 ans.

Publié le 13 octobre 202610 min de lecturePar Claude-Henri Poitou

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La retraite progressive se résume souvent en une phrase : à partir de 60 ans, vous passez à temps partiel et touchez une partie de votre retraite. Les vraies questions arrivent après, une fois l'avenant signé.

Pourquoi mes jours de congé sont-ils payés 35 € ? Mon compte épargne-temps vaut-il moins depuis que je suis à 80 % ? Je touchais un complément de chômage, vais-je le perdre ? L'Agirc-Arrco n'a rien versé, est-ce normal ? Et à 67 ans, faut-il tout arrêter ?

Ce sont, presque mot pour mot, les questions qui reviennent sur les forums retraite depuis la rentrée. Ce guide y répond pour les salariés du secteur privé, textes à l'appui. Si vous êtes dirigeant, indépendant ou fonctionnaire, les règles diffèrent : voir nos guides dirigeant, indépendants (TNS) et fonctionnaire.

L'essentiel en 30 secondes

  • Trois conditions : 60 ans, quelle que soit votre année de naissance ; 150 trimestres tous régimes, rachats compris ; un temps partiel compris entre 40 et 80 % d'un temps complet.
  • L'employeur ne peut refuser le temps partiel que s'il est incompatible avec l'activité de l'entreprise, par écrit et en le justifiant. Sans réponse sous deux mois, c'est accepté.
  • La fraction de retraite versée est égale à 100 % moins votre quotité de travail : à 60 % de temps de travail, 40 % de la retraite. Elle est fixée pour un an.
  • Congés payés : le même nombre de jours qu'à temps plein. Ceux acquis avant le passage à temps partiel restent payés sur une base de temps plein.
  • Agirc-Arrco : une demande séparée, sans laquelle rien n'est versé.
  • Chômage total et retraite progressive sont incompatibles. Un complément d'allocation à côté d'un temps partiel ne l'est pas, mais il peut baisser.
  • 67 ans ne met pas fin à la retraite progressive. C'est en revanche le moment de la comparer au cumul emploi-retraite.

Les trois conditions, sans les idées reçues

60 ans, pour toutes les générations

Depuis le 1er septembre 2025, la retraite progressive s'ouvre à 60 ans. Le seuil est fixe : il ne dépend pas de votre année de naissance et ne se calcule pas à partir de l'âge légal. La formule « deux ans avant l'âge légal » circule encore sur de nombreux sites ; elle est fausse.

C'est précisément ce qui fait l'intérêt du dispositif. Né en 1966, votre âge légal est de 63 ans et 3 mois : la retraite progressive vous ouvre une fenêtre de plus de trois ans avant.

150 trimestres, tous régimes confondus

Il faut justifier de 150 trimestres d'assurance, soit 37 ans et demi. Comptent les trimestres de tous vos régimes de base, y compris les régimes spéciaux, ainsi que les trimestres rachetés au régime général (Mémento de la protection sociale 2026, fiche 32).

La plupart des salariés de 60 ans les ont. Mais vérifiez votre relevé avant de signer quoi que ce soit avec votre employeur : un trimestre manquant, et vous seriez à temps partiel sans retraite. Notre guide pour lire et vérifier votre relevé de carrière détaille les erreurs les plus fréquentes.

Un temps partiel entre 40 et 80 %

La quotité se calcule en divisant votre durée de travail à temps partiel par la durée du temps complet applicable dans l'entreprise, puis en arrondissant à l'entier le plus proche. Sur une base de 35 heures, il faut donc travailler de 14 à 28 heures par semaine.

SituationCalcul de la quotitéExemple
Salarié à 35 heuresheures travaillées ÷ 3521 h → 60 %
Cadre au forfait joursjours travaillés ÷ 218150 jours → 69 %
Plusieurs employeursquotités additionnées12 h sur 40 h + 13 h sur 35 h → 67 %
Intermittentheures annuelles ÷ 1 607800 h → 50 %

Source : Mémento de la protection sociale 2026, fiche 32.

Un point souvent découvert trop tard : la caisse demande une déclaration sur l'honneur attestant que vous n'exercez aucune autre activité professionnelle. Un mandat social rémunéré, une micro-entreprise ou une activité libérale à côté peuvent donc bloquer le dossier. Réglez la question avant le dépôt, pas après.

Obtenir le temps partiel : ce que l'employeur peut refuser

La retraite progressive est un droit ouvert par la Sécurité sociale. Le temps partiel, lui, reste un accord avec votre employeur, que le Code du travail encadre (art. L. 3123-4-1, et art. L. 3121-60-1 pour les cadres au forfait jours) :

  • vous adressez une demande écrite en précisant qu'elle est faite en vue d'une retraite progressive, avec la durée de travail souhaitée. Une lettre recommandée avec accusé de réception évite toute discussion sur la date de réception ;
  • l'employeur a deux mois à compter de la réception pour répondre. À défaut de réponse écrite et motivée, son accord est réputé acquis ;
  • il ne peut refuser que si la durée demandée est incompatible avec l'activité économique de l'entreprise. Depuis le 26 octobre 2025 (loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025), la justification doit rendre compte des conséquences de la réduction du temps de travail sur la continuité de l'activité ou du service et, si elle impose un recrutement, des difficultés pour recruter sur le poste.

Un refus d'une ligne, du type « incompatible avec l'organisation du service », ne répond donc plus au texte.

Bon réflexe : ouvrez le sujet lors de l'entretien de parcours professionnel que l'employeur doit organiser à partir des deux années qui précèdent vos 60 ans. La retraite progressive et le temps partiel font partie des thèmes prévus (Code du travail, art. L. 6315-1).

Le calendrier qui évite des mois sans retraite

Comme toute retraite, la retraite progressive prend effet le premier jour d'un mois, et cette date ne peut pas être antérieure au dépôt de la demande (Code de la sécurité sociale, art. R. 351-37).

Le piège classique : un avenant à temps partiel au 1er janvier, une demande de retraite déposée en février. Janvier et février se passent à temps partiel, sans retraite, et rien ne permet de les rattraper.

L'ordre qui fonctionne :

  1. Vérifier le relevé : 150 trimestres atteints à la date visée.
  2. Demander le temps partiel à l'employeur au moins deux mois avant, avec un avenant qui prend effet à la date d'effet de la retraite progressive.
  3. Déposer la demande de retraite progressive avant cette date, avec le contrat ou l'avenant à temps partiel, l'attestation de l'employeur indiquant la durée du temps complet applicable, la déclaration sur l'honneur et les 12 derniers bulletins de paie.
  4. Faire la demande Agirc-Arrco en même temps (voir plus bas).

Combien vous toucherez : un salaire réduit, plus une fraction de retraite

La caisse calcule d'abord votre retraite entière, comme si vous partiez à la date d'effet, avec les trimestres arrêtés au dernier jour du trimestre civil précédent. Ce calcul intègre la décote si vous n'avez pas encore tous vos trimestres, mais aussi le minimum contributif, la surcote et la majoration pour enfants. Elle vous en verse ensuite une fraction égale à 100 % moins votre quotité de travail (Mémento 2026, fiche 32).

Exemple : une salariée payée 3 500 € brut par mois à temps plein, dont la retraite entière (base et complémentaire) est estimée par la caisse à 1 600 € brut par mois.

Quotité de travailSalaireFraction verséeRetraite verséeTotal brutPar rapport au temps plein
80 %2 800 €20 %320 €3 120 €89 %
60 %2 100 €40 %640 €2 740 €78 %
50 %1 750 €50 %800 €2 550 €73 %
40 %1 400 €60 %960 €2 360 €67 %

Montants bruts mensuels, avant prélèvements sociaux et impôt.

La fraction est fixée pour un an. Si votre durée de travail change en cours de route, la nouvelle fraction ne s'applique qu'à compter du premier jour du 13e mois suivant le point de départ : pour une retraite progressive commencée le 1er avril et un passage de 60 à 50 % au 1er septembre, la fraction change le 1er avril suivant.

Pendant tout ce temps, vous continuez à cotiser :

  • vous validez vos trimestres : un salaire à temps partiel de plus de 7 212 € par an en valide quatre ;
  • vous acquérez des points Agirc-Arrco sur votre salaire à temps partiel ;
  • une fois l'âge légal et la durée requise atteints, chaque trimestre cotisé ouvre droit à surcote.

Tout est recalculé à la retraite définitive, et la fraction que vous ne touchiez pas n'est pas perdue. Nous détaillons ce recalcul dans notre guide sortie de retraite progressive : comment se calcule la pension définitive.

Cotiser sur un temps plein : une option à négocier

Le Code de la sécurité sociale permet de maintenir l'assiette des cotisations vieillesse au niveau du salaire à temps plein (art. L. 241-3-1). L'employeur peut prendre en charge le supplément de cotisation salariale. L'Agirc-Arrco suit alors sur la même base si l'employeur et le salarié en conviennent, la décision étant individuelle (accord Agirc-Arrco du 17 novembre 2017, art. 75).

Le gain se joue surtout sur la complémentaire, qui continue à enregistrer des points comme à temps plein. Pour la retraite de base, il ne compte que si les années à temps partiel entrent dans vos 25 meilleures années. C'est un point à mettre sur la table au moment de négocier l'avenant, pas après.

Agirc-Arrco : la demande que tout le monde oublie

La demande de retraite progressive au régime général n'entraîne pas le versement de la retraite complémentaire. Il faut une demande spécifique à l'Agirc-Arrco (Mémento 2026, fiche 32). Sans elle, vous ne touchez que la fraction de votre retraite de base, souvent sans comprendre pourquoi le montant est si faible.

Une fois la demande faite, l'Agirc-Arrco verse la même fraction que le régime général. Si votre retraite de base n'est pas au taux plein, elle applique un coefficient d'anticipation spécifique et temporaire, qui tient compte de votre durée d'assurance (accord Agirc-Arrco du 17 novembre 2017, art. 88).

Le mot qui compte est « temporaire » : à la fin de la retraite progressive, une nouvelle liquidation prend en compte tous les points inscrits à votre compte, y compris ceux acquis à temps partiel. Le coefficient appliqué pendant la retraite progressive ne vous suit pas.

Congés payés et CET : pourquoi la journée vaut parfois 35 €

Le nombre de jours ne change pas

Un salarié à temps partiel a les mêmes droits qu'un salarié à temps plein (Code du travail, art. L. 3123-5). Vous acquérez donc le même nombre de jours de congés payés. En règle générale, ils se décomptent aussi comme pour un temps plein : une semaine d'absence consomme le même nombre de jours, même si vous ne travaillez que trois jours par semaine.

Le montant dépend du moment où les jours ont été acquis

L'indemnité de congés payés est la plus favorable de deux calculs (Code du travail, art. L. 3141-24) :

  • le dixième de la rémunération brute totale perçue pendant la période de référence ;
  • le maintien du salaire que vous auriez perçu en travaillant.

Prenons 30 jours acquis pendant une année à temps plein payée 36 000 € brut. La règle du dixième leur donne une valeur totale de 3 600 €, quel que soit votre temps de travail au moment où vous les prenez. Les 30 jours acquis l'année suivante, à 50 %, vaudront environ la moitié.

Si des jours acquis à temps plein vous sont payés au prorata de votre temps partiel, la règle du dixième n'a pas été appliquée : vérifiez vos bulletins. La fraction de retraite, elle, continue d'être versée pendant vos congés.

Le CET : lisez l'accord avant de fixer la date

Le compte épargne-temps obéit à l'accord collectif qui l'a mis en place. Avec l'accord de votre employeur, il peut servir à compléter votre rémunération ou à cesser progressivement votre activité (Code du travail, art. L. 3151-3). Deux points pèsent en pratique :

  • un jour de CET se pose comme un jour de congé. Selon l'accord, une semaine d'absence peut consommer cinq jours, même si vous n'en travaillez que quatre ;
  • dans les accords exprimés en jours, le jour épargné est souvent payé au salaire du moment où vous le prenez. Pris après le passage à temps partiel, il peut valoir moins.

Le bon réflexe est de lire l'accord avant de fixer la date du passage à temps partiel. Selon ses termes, il peut être plus intéressant de poser ou de faire valoriser les jours avant la bascule, ou de négocier leur valorisation dans l'avenant.

Chômage et retraite progressive : ce qui est compatible, ce qui ne l'est pas

Le chômage total n'est pas compatible. La retraite progressive suppose une activité à temps partiel. Si vous perdez votre emploi, la cessation d'activité suspend le versement de la fraction de retraite (Mémento 2026, fiche 32).

Le complément d'allocation chômage à côté d'un temps partiel l'est. C'est le cas d'un salarié qui a perdu un premier emploi mieux payé et perçoit un complément d'ARE en plus de son salaire actuel. Rien n'interdit d'y ajouter une retraite progressive, mais le règlement d'assurance chômage réduit l'allocation d'une partie des avantages de vieillesse perçus : 75 % de leur montant après 60 ans (règlement général, art. 18).

À notre connaissance, aucun texte ne met la fraction de retraite progressive à part de ce mécanisme. Le gain réel peut donc être bien plus faible que prévu. Faites chiffrer le nouveau montant de votre allocation par France Travail, par écrit, avant de signer l'avenant. Perdre 300 € de complément pour toucher 400 € de retraite n'a pas le même intérêt que l'inverse.

Après 67 ans : continuer, ou passer en cumul emploi-retraite ?

La retraite progressive ne s'arrête pas à 67 ans. Elle ne prend fin que dans deux cas : la demande de retraite définitive ou la reprise d'un temps complet (Mémento 2026, fiche 32).

La surcote continue de courir, au même taux : 1,25 % par trimestre civil entier cotisé après l'âge légal et la durée requise. Il n'existe pas de bonus de « 5 % » à 67 ans. Une année ne vaut 5 % que si elle couvre quatre trimestres civils entiers.

Mais passé 67 ans, la question n'est plus « retraite progressive ou arrêt ». Elle devient « retraite progressive ou cumul emploi-retraite », c'est-à-dire liquider toute sa retraite et garder son temps partiel. Prenons une retraite entière de 2 000 € par mois, dont 1 200 € de base, et un temps partiel à 60 % :

  • en retraite progressive, vous touchez 40 % de la retraite, soit 800 € par mois. Vous renoncez chaque année à 14 400 € ;
  • en échange, quatre trimestres de surcote ajoutent 5 % à la seule retraite de base, soit 60 € par mois.

Il faut vingt ans pour se rembourser. Le cumul emploi-retraite est presque toujours plus intéressant à cet âge. Pour une première pension prise à compter du 1er janvier 2027, il est d'ailleurs libre à partir de 67 ans et ouvre de nouveaux droits (voir notre guide cumul emploi-retraite 2027).

Dernier point : entre 67 et 69 ans, l'employeur doit vous demander chaque année si vous souhaitez partir. À partir de 70 ans, il peut vous mettre à la retraite sans votre accord (Code du travail, art. L. 1237-5).

Les cinq pièges qui coûtent le plus

  1. Signer l'avenant avant d'avoir vérifié les 150 trimestres. Vous seriez à temps partiel sans retraite.
  2. Déposer la demande de retraite après le passage à temps partiel. Les mois écoulés ne se rattrapent pas.
  3. Oublier l'Agirc-Arrco. Une demande séparée, sinon rien.
  4. Reprendre un temps complet « pour quelques mois ». La retraite progressive est supprimée, sans retour possible.
  5. Oublier l'indemnité de départ à la retraite. Elle est calculée au prorata des périodes à temps plein et à temps partiel (Code du travail, art. L. 3123-5), sauf convention collective plus favorable. Trois ans à mi-temps la réduisent : c'est un point à négocier avec l'avenant (voir notre guide indemnité de départ à la retraite).

En un coup d'œil

QuestionRéponse
À partir de quel âge ?60 ans, pour toutes les générations
Combien de trimestres ?150, tous régimes, rachats compris
Quel temps partiel ?De 40 à 80 % (14 à 28 h sur une base de 35 h ; jours ÷ 218 au forfait jours)
L'employeur peut-il refuser ?Oui, par écrit et en justifiant l'incompatibilité ; silence de deux mois = accord
Quelle retraite versée ?100 % moins la quotité de travail, fixée pour un an
Et l'Agirc-Arrco ?Demande séparée ; même fraction, coefficient temporaire si pas de taux plein
Mes congés acquis à temps plein ?Payés sur une base de temps plein (règle du dixième)
Chômage ?Incompatible s'il est total ; un complément d'ARE peut être réduit
Après 67 ans ?Possible, mais le cumul emploi-retraite est presque toujours plus intéressant

Faire le calcul sur votre dossier

La retraite progressive se décide sur des chiffres que ni votre employeur ni votre caisse ne calculent pour vous : la quotité qui équilibre revenu et temps libre, l'effet sur votre complémentaire et votre indemnité de départ, la bonne date de dépôt, et le moment où basculer en retraite définitive.

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