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Arrêter de travailler avant la retraite : l'impact réel sur la pension

Arrêter 2 ou 3 ans avant l'âge légal : 10 € ou 570 € de retraite en moins par mois selon vos trimestres et la façon de partir (démission, rupture conventionnelle, licenciement).

Publié le 13 octobre 202611 min de lecturePar Claude-Henri Poitou

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« Si j'arrête de travailler maintenant, est-ce que ma retraite baisse ? » C'est l'une des questions qui reviennent le plus, sur les forums comme en rendez-vous. Ce printemps encore, une salariée née en octobre 1965 la posait en ligne : elle avait déjà ses trimestres, voulait s'arrêter deux ans et demi avant son âge légal, et sa caisse la renvoyait vers le simulateur.

La réponse tient en une phrase : ce n'est pas l'arrêt qui coûte, c'est ce qu'il fait à trois compteurs. Selon les trimestres qui vous manquent et la manière dont vous partez, le même arrêt, à la même date, peut coûter dix euros par mois ou près de 20 % de votre retraite, à vie.

Ce guide fait le calcul pour les salariés du privé et pour les dirigeants. Pour la dernière année d'un dirigeant qui part en retraite, voir aussi notre guide dernière année avant la retraite.

L'essentiel en 30 secondes

  • Vous avez déjà tous vos trimestres ? La retraite de base ne bouge presque pas. La perte porte sur la complémentaire : des points Agirc-Arrco en moins, de 15 à 60 € de retraite mensuelle par année non travaillée pour un salaire de 40 000 à 90 000 €.
  • Il vous en manque ? Chaque trimestre manquant coûte environ 1,8 % de retraite de base (décote et proratisation), plus 1 % de complémentaire.
  • Le salaire annuel moyen est rarement en cause : seules vos 25 meilleures années comptent.
  • Le chômage indemnisé protège presque tout : trimestres et points continuent de s'acquérir.
  • La démission sans allocation ne protège rien.
  • Le dirigeant : un président de SAS sans salaire ne valide rien ; un gérant majoritaire valide trois trimestres par an grâce à la cotisation minimale.

Les trois compteurs que l'arrêt touche

Votre retraite de base se calcule ainsi : salaire annuel moyen × taux × trimestres au régime général ÷ trimestres requis. La complémentaire, elle, est un compte de points. Arrêter de travailler agit sur chacun de ces éléments, très inégalement.

1. Les trimestres : tout dépend de ce qu'il vous manque

Si, à la date où vous arrêtez, vous avez déjà la durée requise pour votre génération (de 169 à 172 trimestres tous régimes selon votre année de naissance), le taux de 50 % et le coefficient de proratisation sont acquis. S'arrêter ne les fait pas baisser.

S'il vous en manque, chaque trimestre coûte deux fois :

  • la décote : 0,625 point de taux par trimestre manquant, soit 1,25 % de la retraite de base. Elle se calcule sur le plus petit de deux nombres : les trimestres qui vous manquent pour la durée requise, ou ceux qui vous séparent de 67 ans. Elle est plafonnée à 20 trimestres ;
  • la proratisation : un trimestre de moins sur 172, c'est encore 0,6 % de retraite de base en moins.

Au total, environ 1,8 % de retraite de base par trimestre manquant, soit 34 € par mois pour une retraite de base de 1 875 €. L'Agirc-Arrco ajoute sa propre minoration, définitive elle aussi : 1 % par trimestre manquant, 1,25 % au-delà du douzième (Mémento de la protection sociale 2026, fiches 4 et 6).

2. Les points Agirc-Arrco : perdus pour de bon

C'est la perte que l'on oublie, parce qu'elle ne se voit pas sur le relevé de trimestres. Chaque année travaillée vous rapporte des points ; chaque année non travaillée, et non indemnisée, n'en rapporte aucun.

Salaire brut annuelPoints acquis en un anRetraite correspondante
40 000 €123 points15 € par mois
60 000 €248 points30 € par mois
90 000 €501 points60 € par mois

Calcul : 6,20 % du salaire jusqu'au plafond de la Sécurité sociale (48 060 € en 2026) et 17 % au-delà, divisés par le prix d'achat du point (20,1877 €), puis multipliés par sa valeur de service (1,4386 €). Montants bruts, valeurs 2026 (Mémento 2026, fiche 6).

Ces montants paraissent modestes. Ils sont pourtant viagers : 30 € par mois pendant 25 ans de retraite, c'est 9 000 €. Et ils se cumulent : trois ans d'arrêt à 90 000 € de salaire, c'est 180 € de retraite en moins chaque mois.

3. Le salaire annuel moyen : rarement en cause

La retraite de base retient vos 25 meilleures années (24 ou 23 pour les mères de famille dont la retraite prend effet depuis le 1er septembre 2026). Une année sans salaire en fin de carrière n'entre pas dans ce classement : elle ne fait pas baisser la moyenne. Nous l'avons détaillé dans notre guide sur le salaire annuel moyen.

L'exception concerne les carrières de moins de 25 années pleines : début tardif, années à l'étranger, longues interruptions. Une année incomplète peut alors entrer dans la moyenne et la faire baisser. Dans ce cas, même la date de fin de contrat se calcule.

Et la surcote que vous ne toucherez pas

Si vous aviez prévu de travailler au-delà de l'âge légal avec tous vos trimestres, chaque trimestre civil complet cotisé vous aurait apporté 1,25 % de retraite de base en plus. S'arrêter avant, c'est y renoncer. Notre guide sur la surcote en détaille les conditions.

Trois façons d'arrêter, trois résultats

Situation après l'arrêtTrimestresPoints de retraite complémentaireSalaire annuel moyen
Démission, sans allocationaucunaucunsans effet si 25 bonnes années
Chômage indemnisé (rupture conventionnelle, licenciement)1 par 50 jours d'allocation, 4 par anoui, calculés comme sur un salairesans effet si 25 bonnes années
Chômage non indemnisé après l'allocation1 an, jusqu'à 5 ans sous conditionsaucunsans effet si 25 bonnes années
Président de SAS qui ne se verse plus de salaireaucunaucunsans effet si 25 bonnes années
Gérant majoritaire de SARL sans rémunération3 par an (cotisation minimale)selon les cotisations verséesannée faible, en général écartée

La démission : rien ne court

Une démission n'ouvre en principe pas droit à l'allocation chômage, sauf dans les cas que l'assurance chômage reconnaît comme légitimes. La période qui suit ne valide ni trimestre ni point. C'est le scénario où l'arrêt coûte le plus, et le seul où tout se joue sur ce que vous aviez déjà.

Le chômage indemnisé : la retraite continue presque comme si vous travailliez

Pendant que vous percevez l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) :

  • vous validez des trimestres : un par période de 50 jours d'indemnisation, dans la limite de quatre par an (Mémento 2026, fiche 3). Ils sont réputés cotisés pour la carrière longue, dans la limite de quatre (fiche 31) ;
  • vous acquérez des points Agirc-Arrco, calculés sur votre salaire journalier de référence, avec les taux en vigueur, 6,20 % puis 17 % au-delà du plafond (accord Agirc-Arrco du 17 novembre 2017, art. 60). Vous obtenez à peu près autant de points qu'un salarié payé ce salaire de référence ;
  • votre salaire annuel moyen n'est pas touché si vous avez vos 25 bonnes années.

Deux nuances. Les jours de différé et le délai d'attente qui précèdent le premier versement valident des trimestres, mais ne donnent pas de points. Et quand l'allocation s'arrête, le chômage non indemnisé qui suit valide encore des trimestres pendant un an, porté à cinq ans si vous aviez au moins 55 ans à la fin de l'indemnisation, 20 ans de cotisations, et ne relevez d'aucun nouveau régime obligatoire. Restez inscrit à France Travail.

Depuis le 1er septembre 2026, le mode de rupture change la durée d'allocation

Pour une fin de contrat fixée à compter du 1er septembre 2026 (règlement d'assurance chômage, art. 9 ; le plafond propre à la rupture conventionnelle vient de l'avenant n° 2 du 10 avril 2026) :

  • licenciement : jusqu'à 822 jours d'allocation, soit environ 27 mois, à partir de 57 ans, si vous avez travaillé les 36 derniers mois ;
  • rupture conventionnelle individuelle : 624 jours à partir de 55 ans, soit environ 20 mois et demi, avec 198 jours de plus possibles sur demande, après examen de vos démarches par France Travail.

Trois règles complètent le tableau :

  • pas d'allocation si, à la fin du contrat, vous avez à la fois l'âge légal et tous vos trimestres : il vous revient alors de demander votre retraite ;
  • maintien jusqu'au taux plein : si vous atteignez l'âge légal pendant l'indemnisation sans avoir tous vos trimestres, l'allocation peut être maintenue jusqu'à ce que vous les ayez, au plus tard jusqu'à 67 ans. Il faut être indemnisé depuis au moins un an (365 jours, continus ou non), justifier de 12 ans d'affiliation à l'assurance chômage, d'un an d'emploi continu ou de deux ans discontinus au cours des cinq ans précédant la fin du contrat, et de 100 trimestres (règlement général, art. 9 § 6). L'allocation s'arrête la veille de la date d'effet de la retraite ;
  • la fiscalité de l'indemnité : une indemnité de rupture conventionnelle perd son exonération d'impôt sur le revenu si la rupture prend effet à une date où vous pouvez déjà toucher une retraite, c'est-à-dire à partir de l'âge légal. Les cotisations et la CSG, elles, ne changent pas. L'indemnité de licenciement reste exonérée dans les limites légales, sans condition d'âge. Le détail, avec la mise à la retraite et le départ volontaire, est dans notre guide indemnité de départ à la retraite.

Le mode de rupture ne se décide pas seul : il se négocie avec l'employeur, et chaque option a ses conditions. Depuis le 1er janvier 2026, la rupture conventionnelle lui coûte aussi une contribution de 40 % sur la part de l'indemnité exonérée de cotisations. Mais il doit être chiffré avant de signer, retraite comprise.

Le dirigeant : arrêter de se payer, ce n'est pas toujours arrêter de cotiser

  • Président de SAS ou de SASU : sans salaire, vous ne validez rien, ni trimestre ni point. Les dividendes ne cotisent pas pour la retraite (voir notre guide président de SAS/SASU).
  • Gérant majoritaire de SARL : affilié à la Sécurité sociale des indépendants, vous payez une cotisation minimale de retraite de base sur 450 Smic horaires, soit 5 409 € en 2026. Elle vous valide trois trimestres par an, même sans rémunération (Mémento 2026, fiche 3). Pour en valider quatre, il faut un revenu d'au moins 7 212 €.

Si vous comptez céder ou fermer votre société, le calendrier de la cessation compte autant que la rémunération : voir notre guide cessation d'activité du gérant majoritaire.

Exemple chiffré : la même date d'arrêt, trois résultats

Un cadre né en mars 1966, payé 72 000 € brut par an. Son âge légal est de 63 ans et 3 mois : sa retraite peut prendre effet au plus tôt le 1er juillet 2029. Il lui faut 172 trimestres ; il en a 158 fin 2026. Il veut s'arrêter le 31 décembre 2026.

Hypothèses : salaire annuel moyen de 45 000 € déjà acquis sur 25 années, 12 000 points Agirc-Arrco fin 2026, valeurs du point 2026 maintenues, pas de différé d'indemnisation, salaire journalier de référence égal au dernier salaire. Montants bruts mensuels.

ScénarioTrimestres au 1er juillet 2029Retraite de baseAgirc-ArrcoTotalÉcart
A. Il travaille jusqu'à fin juin 20291681 740 €1 482 €3 222 €référence
B. Il démissionne fin 20261581 421 €1 230 €2 651 €− 571 € (− 18 %)
C. Il est licencié fin 2026 : allocation jusqu'en mars 2029, puis chômage non indemnisé1681 740 €1 472 €3 212 €− 10 €

Ce qui fait la différence :

  • En A, il part avec 4 trimestres de décote (taux de 47,5 %) et 873 points de plus.
  • En B, il lui manque 14 trimestres : taux de 41,25 %, proratisation à 158/172, et 14,5 % de minoration Agirc-Arrco, définitive. Attendre 67 ans effacerait la décote (1 722 € de base et 1 439 € de complémentaire), mais au prix de près de quatre ans sans retraite.
  • En C, l'allocation valide les mêmes trimestres qu'un salaire, et les points de chômage remplacent presque ceux du travail. Seuls les 87 points des derniers mois manquent. Avec une rupture conventionnelle limitée à 624 jours, l'écart serait de 32 € par mois.

Une variante montre jusqu'où peut aller le mécanisme. Si son contrat s'était terminé trois mois plus tard, l'allocation aurait couru jusqu'à son âge légal, puis aurait été maintenue jusqu'à ce qu'il atteigne ses 172 trimestres. Il serait parti un an plus tard, mais sans décote, avec une retraite de base de 1 875 €.

La même date d'arrêt coûte donc 571 € par mois à vie dans un cas, et 10 € dans l'autre. La différence ne tient pas à la date. Elle tient à la façon de partir.

Besoin de revenus avant l'âge légal ? Les options, et leurs limites

  • La complémentaire seule, dès 57 ans. L'Agirc-Arrco peut être demandée sans la retraite de base, une fois toute activité salariée arrêtée. Le coefficient dépend alors de l'âge et il est définitif : 0,78 à 62 ans, 0,88 à 64 ans (barème Agirc-Arrco de septembre 2026). C'est une solution de trésorerie, rarement un bon calcul.
  • La retraite progressive au lieu de l'arrêt. Dès 60 ans, passer à mi-temps avec la moitié de sa retraite garde les trimestres et les points qui courent. Voir notre guide retraite progressive du salarié.
  • La carrière longue. Si vous avez commencé à travailler tôt, votre âge de départ est peut-être plus proche que vous ne le pensez : voir notre guide carrière longue 2026.
  • Le rachat de trimestres. Utile s'il comble exactement les trimestres qui vous manquent, à condition de chiffrer sa rentabilité : voir rachat de trimestres.

Avant de poser votre démission : la check-list

  1. Comptez vos trimestres à la date d'arrêt et à votre âge légal, relevé corrigé à l'appui.
  2. Comptez vos bonnes années : en avez-vous 25 (ou 24, ou 23) pour le salaire annuel moyen ?
  3. Chiffrez les points Agirc-Arrco que vous n'acquerrez pas.
  4. Comparez les modes de sortie : démission, rupture conventionnelle, licenciement, avec leurs durées d'allocation et la fiscalité de l'indemnité.
  5. Vérifiez la date de rupture effective par rapport à votre âge légal, à cause de l'impôt sur l'indemnité de rupture conventionnelle.
  6. Regardez les alternatives : retraite progressive, compte épargne-temps, temps partiel négocié.

En un coup d'œil

QuestionRéponse
J'ai tous mes trimestres : je perds quoi ?Des points Agirc-Arrco et la surcote ; la retraite de base bouge à peine
Il me manque des trimestres ?Environ 1,8 % de retraite de base et 1 % de complémentaire par trimestre manquant
Mon salaire moyen va-t-il baisser ?Non, si vous avez déjà 25 bonnes années
Le chômage compte-t-il ?Oui : trimestres et points s'il est indemnisé ; trimestres seuls ensuite
Licenciement ou rupture conventionnelle ?822 jours d'allocation contre 624 (plus 198 sur demande) depuis septembre 2026
Dirigeant sans rémunération ?Président de SAS : rien ; gérant majoritaire : trois trimestres par an
Toucher la complémentaire plus tôt ?Dès 57 ans, avec une minoration définitive selon l'âge

Faire le calcul avant de s'arrêter

S'arrêter avant la retraite est une décision qu'on ne prend qu'une fois, et qui se chiffre : trimestres à la date d'arrêt, points perdus, durée d'allocation, fiscalité de l'indemnité, date d'effet de la retraite. Une heure de calcul évite souvent une erreur de plusieurs centaines d'euros par mois, à vie.

C'est le cœur de notre audit retraite : nous reconstituons vos droits dans tous vos régimes, nous simulons chaque scénario de sortie et nous fixons la bonne date. En toute indépendance, sans produit à vendre. Premier échange gratuit de 15 minutes pour voir si votre projet tient.

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