Dernière année avant la retraite : ce que le dirigeant peut encore changer
L'année où votre pension prend effet ne compte pas dans votre salaire moyen, vos trimestres s'arrêtent au trimestre civil précédent, et la date d'effet décide de vos droits au cumul. Ce qui se joue encore dans les douze derniers mois d'un dirigeant, chiffres 2026 à l'appui.
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« Je pars l'an prochain, il est trop tard pour changer quoi que ce soit. »
J'entends cette phrase chaque mois. Elle est fausse dans un sens, et vraie dans un autre que personne ne soupçonne.
Fausse, parce que la dernière année reste pleine de décisions qui ont un effet à vie : la date d'effet de la pension, le niveau de rémunération, les trimestres qui manquent encore, l'ordre entre la retraite et la cession. Vraie, parce qu'une partie de ce que vous gagnerez cette année-là ne comptera pas pour votre retraite de base, quoi que vous fassiez. Encore faut-il savoir laquelle.
L'année de votre départ ne compte pas dans votre salaire moyen
C'est la règle que presque personne ne connaît. L'article R. 351-29 du code de la sécurité sociale énumère les années exclues du calcul du salaire annuel moyen, celui des 25 meilleures années. On y trouve, au 2°, l'année d'entrée en jouissance de la pension.
Si votre retraite prend effet le 1er octobre 2027, vos salaires de janvier à septembre 2027 ne seront jamais candidats aux 25 meilleures années. Si elle prend effet le 1er janvier 2028, l'année 2027 entière peut y entrer.
Même logique pour les trimestres, avec une autre règle. Le relevé de carrière est arrêté au dernier jour du trimestre civil qui précède la date d'effet. L'Assurance retraite donne l'exemple d'un départ au 1er septembre : relevé arrêté au 30 juin, deux trimestres au plus pour l'année, même avec un salaire qui en justifierait quatre.
La retraite de base des artisans et commerçants, régime aligné, suit les mêmes règles de calcul.
Le 1er janvier : un calcul, pas un dogme
On lit partout qu'il faut partir un 1er janvier. Faisons le calcul.
Prenons un dirigeant qui arrête de travailler fin septembre 2027, quoi qu'il arrive. Sa pension totale serait de 3 120 € brut par mois, dont 1 640 € de base. Il hésite entre une date d'effet au 1er octobre 2027 et au 1er janvier 2028.
- Ce que coûte le 1er janvier : trois mois de pension, soit 9 360 € brut.
- Ce que rapporte le 1er janvier : ses neuf mois de salaire 2027, 36 000 €, entrent dans le calcul et remplacent sa 25e meilleure année, 31 400 € revalorisés. Son salaire moyen gagne 184 €. Sa pension de base, 92 € par an. 7,67 € par mois.
À ce rythme, il lui faudrait plus de cent ans pour rattraper les trois mois perdus.
Ce qui peut renverser le calcul, c'est le trimestre. Avec un effet au 1er janvier, ses 36 000 € de 2027 valident quatre trimestres au lieu de trois. Si c'est le trimestre qui manque au taux plein, il efface une décote sur la base et une minoration sur la complémentaire, à vie. Là, le 1er janvier peut gagner. Sinon, il perd presque toujours.
Je déconseille donc de choisir une date d'effet sur une règle générale. Elle se choisit sur votre relevé, trimestre par trimestre.
Président de SAS : ce que votre dernier salaire achète encore
Pour un président de SAS ou de SASU, la conséquence est directe. L'année où la pension prend effet, votre salaire ne sert plus à la retraite de base qu'à valider vos trimestres, et ceux-ci sont limités au nombre de trimestres civils écoulés avant la date d'effet.
En 2026, un trimestre se valide avec 150 fois le Smic horaire au 1er janvier, soit 1 803 € de salaire brut. Pour une pension prenant effet le 1er juillet, 3 606 € de salaire de janvier à juin suffisent à valider les deux trimestres possibles. Tout le reste ne produit plus que des points Agirc-Arrco.
Et ces points ne pèsent pas lourd. Un salaire de 48 060 € (le plafond de la Sécurité sociale 2026) rapporte 147,6 points au taux de 6,20 %, à 20,1877 € le point : 212 € de pension par an, au regard des cotisations qu'il coûte à la société et à vous.
Ce n'est pas une invitation à couper votre salaire. Deux garde-fous :
- L'année précédant votre départ compte pleinement. Si elle fait partie de vos 25 meilleures, chaque euro jusqu'au plafond y travaille. C'est elle, la vraie « dernière année ».
- Si vous vendez, la rémunération a aussi un rôle fiscal. L'abattement de 500 000 € sur la plus-value suppose que vos fonctions de direction aient donné lieu à une rémunération normale. Ne la supprimez pas avant d'en avoir parlé à votre avocat ou à votre expert-comptable.
Le détail de l'arbitrage, statut par statut, est dans notre article rémunération ou dividendes : l'impact sur votre retraite.
Gérant majoritaire : 7 212 € suffisent pour quatre trimestres
Pour un gérant majoritaire de SARL, travailleur indépendant, le seuil se calcule sur le revenu d'activité : 600 fois le Smic horaire, soit 7 212 € en 2026, pour quatre trimestres. En dessous de 450 Smic horaires, une cotisation minimale garantit trois trimestres.
Ses dividendes au-delà de 10 % du capital social sont cotisés : ils créent donc des droits, dans la limite du plafond pour la base, et des points dans le régime complémentaire des indépendants.
Une particularité à prévoir : ses cotisations de l'année du départ sont calculées sur un revenu provisoire, puis régularisées quand le revenu définitif est déclaré. S'il cesse son activité, il a 90 jours pour déclarer ses revenus définitifs à l'Urssaf. S'il la poursuit, il bascule en cumul emploi-retraite, ce que nous détaillons dans notre article sur la cessation d'activité du gérant majoritaire.
La surcote : la seule « dernière année » qui rapporte vraiment
Si vous avez déjà l'âge légal et la durée d'assurance de votre génération, chaque trimestre cotisé en plus majore votre retraite de base de 1,25 %. Une année entière : 5 %, à vie, sur la base du régime général, des indépendants ou des libéraux.
Sur une base de 1 640 € par mois, une année de plus, c'est 82 € de plus chaque mois, sans compter les points complémentaires de l'année. La complémentaire Agirc-Arrco, elle, n'offre pas de surcote durable.
La surcote ne se décide pas seule. Elle se compare au cumul emploi-retraite (liquider et continuer à travailler) et à la retraite progressive. Notre article sur le calcul de la surcote donne la méthode.
La date d'effet décide de vos droits au cumul
Si vous comptez garder une activité après la liquidation (mandat, missions, accompagnement d'un repreneur), la date d'effet n'est plus un détail de calendrier. C'est le paramètre le plus lourd de votre dossier.
- Pension prenant effet au plus tard le 1er décembre 2026 : les règles actuelles du cumul emploi-retraite s'appliquent à vie. Avec le taux plein et toutes vos retraites liquidées, vos revenus d'activité sont libres.
- Pension prenant effet à partir du 1er janvier 2027 : avant l'âge légal, la pension est réduite dès le premier euro de revenu ; de l'âge légal à 67 ans, de la moitié des revenus au-delà d'un seuil d'environ 7 000 € par an, que le décret n'a pas encore fixé.
Un consultant indépendant d'Île-de-France, né en 1962, est venu nous voir pour cette raison précise. Il voulait liquider avant 2027 et travailler jusqu'en 2030. Son relevé lui donnait environ 3 040 € brut par mois au 1er décembre 2026, avec décote, contre environ 3 420 € au taux plein mi-2028. Mais le vrai sujet était ailleurs : sans le taux plein, il serait en cumul plafonné, et ses revenus d'indépendant absorberaient toute sa pension. Sa dernière année s'est donc jouée sur les trimestres manquants : vérification des années anciennes, demandes de correction, et rachat d'un à trois trimestres d'une année incomplète des années 1980, à un peu plus de 4 000 € le trimestre.
Vendre la même année : la CSG de votre pension s'en souvient
Si votre dernière année est aussi celle de la cession de votre société, un effet secondaire vous attend deux ans plus tard.
Le taux de CSG sur votre pension dépend de votre revenu fiscal de référence de l'avant-dernière année. Or la plus-value de cession entre dans ce revenu, y compris la part effacée par l'abattement de 500 000 €, que l'article 1417 du code général des impôts réintègre expressément.
Un garde-fou existe : le passage au taux de 8,3 % suppose que le seuil soit dépassé deux années de suite. Pour un dirigeant déjà imposé au taux normal, rien ne change. Pour une pension modeste, l'année de la cession peut coûter un an de CSG au taux plein. Le barème complet est dans notre article sur la fiscalité des pensions de retraite.
Votre check-list des douze derniers mois
- Relevé de carrière vérifié, régime par régime. Une correction prend des mois ; une année des années 1980 se reconstitue parfois avec un employeur disparu qu'il faut retrouver au répertoire Sirene.
- Date d'effet arrêtée, au regard du taux plein, du 1er janvier, du cumul 2027 et, pour un libéral, de l'effet au premier jour d'un trimestre civil.
- Rémunération de l'année calée : trimestres à valider, points à acquérir, et rémunération normale si une cession est prévue.
- Demande déposée quatre à six mois avant la date d'effet, en ligne, avec la poursuite d'activité déclarée si c'est votre cas.
- Activités à cesser identifiées : contrat de travail, mandat rémunéré, exploitation agricole.
- Cession calée dans la fenêtre fiscale, si vous vendez.
- Notifications contrôlées à réception, régime par régime : c'est là que se voient les trimestres oubliés.
Ce qu'il faut retenir
- L'année où votre pension prend effet ne compte pas dans votre salaire moyen (R. 351-29, 2°), et vos trimestres s'arrêtent au trimestre civil précédent.
- Le 1er janvier n'est pas une règle : il ne gagne que s'il apporte un trimestre décisif.
- Pour un président de SAS, le salaire de l'année du départ ne sert plus qu'aux trimestres et aux points Agirc-Arrco. L'avant-dernière année est la vraie dernière année.
- Pour un gérant majoritaire, 7 212 € de revenu suffisent pour quatre trimestres en 2026.
- Une année de surcote vaut 5 % de base à vie.
- Si vous continuez à travailler, la date d'effet avant ou après le 1er janvier 2027 pèse plus lourd que tout le reste.
Si votre départ se situe dans les dix-huit mois, c'est le moment de poser ces chiffres sur votre propre relevé. C'est ce que nous faisons dans un bilan retraite de dirigeant : date d'effet, trimestres, rémunération de la dernière année et, si une vente se prépare, son calendrier. Notre guide cession d'entreprise et retraite montre comment les deux s'emboîtent.
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