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Cession et retraite

Cession d'entreprise et retraite du dirigeant : dans quel ordre s'y prendre ?

Vendre puis partir, partir puis vendre, ou partir, vendre et accompagner le repreneur : la date d'effet de votre retraite conditionne l'abattement de 500 000 €, vos droits au cumul emploi-retraite et le montant de votre pension. Le calendrier à cinq ans, scénario par scénario.

Publié le 11 octobre 202610 min de lecturePar Claude-Henri Poitou

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La plupart des dirigeants abordent la vente de leur entreprise dans cet ordre : le prix, le repreneur, l'acte. La retraite vient après, « on verra avec la caisse ».

C'est l'ordre inverse qu'il faudrait suivre. La date à laquelle votre retraite prend effet décide de trois choses que l'acte de cession ne peut plus rattraper :

  • l'abattement de 500 000 € sur votre plus-value, qui exige de partir à la retraite dans les 24 mois qui entourent la vente ;
  • vos droits au cumul emploi-retraite, durcis pour les retraites qui prennent effet à partir du 1er janvier 2027, si vous accompagnez le repreneur ou gardez une activité ;
  • le montant de votre pension elle-même, que les dernières années de rémunération et les trimestres encore manquants peuvent faire varier de plusieurs centaines d'euros par mois.

Ce guide pose le cadre. Chaque point renvoie à un article qui le détaille.

Trois calendriers qui doivent se rejoindre

Une cession avec départ à la retraite fait tourner trois horloges à la fois.

Le calendrier de la cession : deux à cinq ans entre les premières réflexions et l'acte, selon les accompagnateurs de la transmission. Recherche du repreneur, valorisation, négociation, financement.

Le calendrier fiscal : pour l'abattement, la cessation de toutes vos fonctions et votre départ à la retraite doivent tomber dans les 24 mois qui précèdent ou suivent la cession, de date à date.

Le calendrier de la retraite : votre âge légal (62 ans et 9 mois pour les naissances de 1963 à mars 1965 depuis la suspension de la réforme, 63 ans et 3 mois pour 1966, 64 ans à partir de 1969), la durée d'assurance de votre génération, une éventuelle carrière longue, et la bascule du cumul emploi-retraite au 1er janvier 2027.

Le premier calendrier est souple. Les deux autres ne le sont pas. C'est donc à la cession de s'adapter à la retraite, et non l'inverse.

Trois scénarios

Scénario A : vendre, puis partir

Vous signez la cession, puis votre retraite prend effet dans les 24 mois qui suivent. C'est le schéma naturel quand l'âge légal est proche.

Le risque est de vendre trop tôt. Un dirigeant né en juin 1966, sans carrière longue, ne peut pas partir avant le 1er octobre 2029 : une vente signée en juin 2027 tombe hors de la fenêtre. Le détail des dates, et ce que signifie exactement « faire valoir ses droits », est dans notre article sur l'abattement de 500 000 € au départ en retraite.

Scénario B : partir, puis vendre

Votre retraite prend effet d'abord, la vente suit dans les 24 mois. Utile quand le repreneur tarde, ou quand vous voulez sécuriser une date d'effet avant le 1er janvier 2027.

Ici, le statut change tout.

  • Le gérant majoritaire de SARL peut liquider sa retraite d'indépendant sans quitter la gérance : il passe en cumul emploi-retraite. Il devra ensuite quitter ses fonctions dans la fenêtre fiscale. Voir notre article sur la cessation d'activité du gérant majoritaire.
  • Le président de SAS, assimilé salarié, doit en principe cesser son activité rémunérée pour liquider au régime général. Il peut garder un mandat gratuit le temps de vendre, ce que nous détaillons dans notre article sur le cumul emploi-retraite du mandataire social.

Scénario C : partir, vendre et accompagner le repreneur

C'est le cas le plus fréquent, et le plus piégeux. Le repreneur veut quelques mois de passation, et vous êtes déjà retraité.

La forme compte autant que la durée. Un contrat de travail avec la société cédée met l'abattement en danger. Une mission de conseil ou une convention de tutorat le préserve, mais la rémunération passe par le cumul emploi-retraite. Pour une retraite prenant effet à partir de 2027, 42 000 € d'accompagnement peuvent coûter 17 500 € de pension entre l'âge légal et 67 ans. Le comparatif complet est dans notre article sur le cumul emploi-retraite pour accompagner son repreneur.

OrdreCe qui décidePiège principal
AVente, puis retraitePremière date d'effet possibleVendre plus de 24 mois avant
BRetraite, puis venteStatut social, règles du cumulPrésident de SAS qui garde une rémunération
CRetraite, vente, accompagnementForme de l'accompagnementContrat de travail avec la société cédée

Le calendrier à cinq ans

Cinq ans avant : vérifier la carrière. C'est le chantier le plus long, et le plus sous-estimé. Une année des années 1980 absente du relevé de base, mais connue de la caisse complémentaire, se reconstitue en retrouvant un employeur parfois disparu depuis vingt ans, avec ses numéros au répertoire Sirene. Ce travail prend des mois. Notre guide pour vérifier et corriger son relevé de carrière donne la méthode.

Trois à cinq ans avant : garder une rémunération normale. C'est une condition de l'abattement (des fonctions de direction rémunérées normalement, pour plus de la moitié de vos revenus professionnels), et c'est aussi ce qui fait votre retraite. Un président de SAS payé uniquement en dividendes cumule deux risques : peu de droits à la retraite, et une condition fiscale fragile. Voir notre article rémunération ou dividendes.

Trois ans avant : établir votre première date d'effet possible. Âge légal de votre génération, carrière longue, trimestres réellement acquis, taux plein. C'est la donnée que votre avocat doit avoir pour caler la signature.

Vingt-quatre mois autour de la vente : caler la date d'effet dans la fenêtre, et la date de sortie de toutes vos fonctions.

Quatre à six mois avant l'effet : déposer la demande de retraite. En ligne, avec la poursuite d'activité déclarée si c'est votre cas. Pour un libéral, la retraite prend effet au premier jour d'un trimestre civil : une demande déposée trop tard décale tout de trois mois.

L'année du départ : votre salaire de l'année où la retraite prend effet ne compte pas dans le salaire moyen, et vos trimestres s'arrêtent au trimestre civil précédent. Ce que cela change pour votre rémunération est détaillé dans notre article sur la dernière année avant la retraite.

Le cas particulier de 2026 : la bascule du cumul

Si vous comptez garder une activité après votre départ, accompagnement du repreneur compris, l'année 2026 a une importance que les années suivantes n'auront pas. Une retraite qui prend effet au plus tard le 1er décembre 2026 garde à vie les règles actuelles du cumul emploi-retraite. À partir du 1er janvier 2027, la pension est réduite selon l'âge dès que les revenus d'activité dépassent un seuil d'environ 7 000 € par an, jusqu'à 67 ans.

Pour un dirigeant qui atteint son âge légal d'ici fin novembre 2026 (une naissance avant mars 1964), ou qui peut partir en carrière longue, c'est une décision à prendre maintenant : la demande se dépose avant fin novembre au régime général. Notre guide de la réforme du cumul emploi-retraite 2027 détaille les règles.

Qui fait quoi

Une cession avec départ à la retraite mobilise plusieurs métiers. Chacun a son périmètre.

  • L'avocat ou le notaire : l'acte de cession, les garanties, le protocole, la forme juridique de l'accompagnement.
  • L'expert-comptable : la valorisation, les comptes, la fiscalité de la plus-value et la déclaration.
  • Le banquier et le conseil en patrimoine : le placement du prix de vente.
  • Le spécialiste de la retraite : la première date d'effet possible, les trimestres qui la conditionnent, le régime de base qui compte pour l'abattement, le coût du cumul emploi-retraite, la demande de retraite elle-même.

C'est ce dernier volet que nous traitons chez Compétence Retraite. Nous ne valorisons pas les entreprises, ne faisons pas de simulation fiscale de la cession et ne plaçons aucun produit : nous établissons les données de retraite dont vos autres conseils ont besoin, et nous les leur transmettons si vous le souhaitez.

Cinq erreurs à éviter

  1. Signer la cession sans connaître sa première date d'effet possible. C'est elle qui ouvre ou ferme la fenêtre de l'abattement.
  2. Accepter un contrat de travail avec la société vendue pour accompagner le repreneur.
  3. Ignorer la bascule du 1er janvier 2027 quand on compte garder une activité après la vente.
  4. S'être payé uniquement en dividendes pendant les dernières années : moins de retraite, et une condition fiscale fragilisée.
  5. Déposer la demande de retraite au dernier moment : les caisses ont leurs délais, et une date d'effet qui glisse peut sortir de la fenêtre.

Pour aller plus loin

Si une cession se prépare, la première étape est d'établir votre première date d'effet possible et les trimestres qui la conditionnent. Un premier échange de quinze minutes suffit le plus souvent à savoir où vous en êtes : prendre rendez-vous. Le travail complet se fait dans un bilan retraite de dirigeant, en lien avec votre avocat et votre expert-comptable.

Une question ? On est là.

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